| Rédactrice invitée : Pauline Marois

Rédactrice invitée : Pauline Marois

Rédactrice invitée : Pauline Marois

15 mai 2017 - Rédacteurs invités

LA LECTURE : MA PASSION

Pour moi lire est une passion. Je ne peux imaginer ma vie sans revues, livres et documents. Tout m’intéresse. Pour le plaisir de lire les histoires, pour la beauté des mots et la magie des styles. Lire c’est pouvoir rêver et vivre des aventures. Lire, c’est aussi avoir accès au savoir, c’est pouvoir s’ouvrir au monde, c’est la liberté. Si on excepte les journaux, je n’aime pas lire sur une tablette. Pour moi, la facture d’un livre et d’une revue apporte à la lecture une dimension sensuelle et noble.

Je ne peux imaginer une journée sans lire. Quand je pars en voyage, j’apporte au moins quatre guides, trois romans et cinq revues. C’est un minimum. Je n’abandonne jamais une revue tant que je n’ai pas lu tous les articles qui me semblent intéressants. Mon entourage s’amuse : de quand date ta revue? Un mois ou six mois? C’est sans importance.

Durant ma petite enfance, à la maison, il n’y avait ni livres ni revues. Le quotidien l’Action Catholique et le catalogue Eaton étaient les seuls imprimés disponibles. Quand j’ai commencé l’école, mes parents ont acheté l’Encyclopédie Grolier. Mon père travaillait de longues heures, un mois de nuit, un mois de jour. Il n’avait pas beaucoup de temps libre mais, chaque jour, je le voyais lire avec attention son journal d’un couvert à l’autre.

Je me souviens de mon premier livre, j’avais six ans. Avec nos voisins, les Landry et les Major, nous allions partir pour faire le « tour de la Gaspésie ». Mes parents fournissaient la voiture et eux le logement dans leur parenté. Avec mes deux frères, c’était notre premier vrai voyage en famille. Avant le grand départ, j’ai trouvé un beau livre cartonné, un livre qui, au centre, avait une « rondelle » que l’on pouvait faire tourner pour découvrir l’histoire. J’ai littéralement harcelé ma mère pour qu’elle me l’achète. Enfin, j’avais un livre à moi, juste pour moi!

Plus tard, à l’adolescence, nous étions abonnés à Sélection du Reader’s Digest. Le magazine offrait régulièrement des livres reliés – faux cuir mais très beau – de quatre « condensés » de romans. Encore là, j’avais convaincu ma mère, celle qui tenait les cordons de la bourse, de nous abonner. À intervalle régulier, nous arrivait un livre que je dévorais de la première à la dernière page.

L’histoire de ma relation avec les livres et la lecture serait très très longue à raconter. Je vous évite le côté professionnel de mes lectures : rapports, mémoires au conseil des ministres, au conseil du trésor, interminables documents budgétaires et indispensables revues de presse. À vingt ans, j’avais suivi des cours de lecture rapide. Cela m’a bien servi. J’avais appris à ingurgiter des centaines de pages chaque jour. Dès que j’étais seule, dans mon bureau, dans ma voiture ou dans mon lit, je lisais.

Je reviens au plaisir des romans et des biographies que je lis plus souvent maintenant et un autre souvenir me revient. À partir de la troisième ou quatrième année, la remise des prix était une de mes grandes joies. Les élèves qui avaient eu les meilleures notes recevaient quelques livres avec un joli ruban pour les retenir. J’étais de celles-là. Il s’agissait évidemment d’histoires pour enfants sages, des histoires choisies par les religieuses qui nous enseignaient. Cela ne m’empêchait pas de me régaler. La magie des livres s’exerçait.

Adolescente, au secondaire, j’étais assez indisciplinée. J’étais intéressée par toutes les activités parascolaires et …la lecture. J’avais toujours plusieurs livres en marche. Je me souviens entre autres de Sylvie hôtesse de l’air chez Marabout Junior. Un humour décapant. J’ai aussi en mémoire les Brigitte de Berthe Bernage, le Grand Meaulnes de Fournier et les Chiens perdus sans collier de Gilbert Cesbron, un roman qui m’a profondément marquée.

Mes goûts étaient et sont toujours très diversifiés. Je lisais pendant les cours. Hum! Hum! Comme j’étais parmi les plus grandes de la classe, mon pupitre était toujours dans la dernière rangée. Je plaçais une pile de livres scolaires et de cahiers sur le devant de mon pupitre pour dissimuler le livre que je lisais à ce moment-là. Quand ma professeure s’en rendait compte, elle me l’enlevait pour quelques jours. Ce n’était pas méchant. Elle savait que j’en avais deux ou trois autres en route.

Plus tard en belles-lettres (équivalent de la première année de cégep), j’ai eu une professeure hors du commun, une religieuse qui nous faisait lire les grands noms de la littérature française : Giraudoux, Bernanos, Green, Zola, Balzac et les autres. Elle nous demandait de faire une présentation devant la classe sur un auteur, son œuvre, son style. C’est l’un des plus beaux souvenirs de mes années de collège.

Aujourd’hui, éloignée des exigences de la vie publique, en plus des journaux, revues, guides de voyage et essais, je lis toujours autant. J’ai plus de temps pour les romans et la littérature québécoise, tous genres confondus : Éric Dupont, Marie Laberge, Biz, Louis Hamelin, Fred Pellerin, Perrine Leblanc, Michel Tremblay, Chrystine Brouillet, Dany Laferrière …la liste est encore très longue. J’aime aussi les polars suédois, américains, français, anglais : Vargas, Mankell, Olsen, Cohen, Elizabeth George, Kerr, Grisham. Je déguste souvent les gagnants des Prix Goncourt, Renaudot et Médicis.

Je lis toutes les critiques de livres dans Le Devoir et La Presse. Je suis abonnée à la revue Lire depuis vingt ans. Enfin je fréquente systématiquement les librairies. Je feuillette, je consulte. Aussitôt que j’ai un peu de temps libre, si je passe devant une librairie, celle-ci agit comme un aimant. J’y entre et j’en ressors toujours avec un sac plein. J’ajoute maintenant les livres d’enfants (j’ai huit petits-enfants) dont la magnifique collection québécoise pour les tout-petits : Rat de Bibliothèque. J’ai abonné mes petits à de jolies revues : Popi, J’aime Lire, et autres. Je prépare la relève. Enfin j’ai quelques collections de BD : Rabagliati, coffret complet de Tintin, une dizaine de Bécassine, Tristan Demers, Largo Winch, les Proust par Stéphane Heuet, Femmes en résistance et plus encore. J’ai donné quelques centaines de BD à mes enfants.

Enfin j’ai deux très gros problèmes : premièrement, quand je commence un livre, je sens le besoin de donner une chance à l’auteur et je vais jusqu’à la fin, même si je n’aime pas beaucoup. Deuxièmement je manque toujours de temps pour lire tout ce que je voudrais.

Dernière mais, vraiment, dernière remarque, je lis souvent les livres de l’année choisis par les libraires et les collégiens dont le dernier et remarquable roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Les amoureux des livres sont des passeurs de lumière et nous en avons bien besoin.

– Pauline Marois


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