| Rédacteur invité : Benoit Dutrizac

Rédacteur invité : Benoit Dutrizac

Rédacteur invité : Benoit Dutrizac

18 octobre 2017 - Rédacteurs invités

Je vous pose la question sans préambule ni grelots de Noël : quel est l’avenir des libraires ? Est-ce qu’on peut comparer leur destin à celui des courtiers immobiliers ou des agents de voyage ? Libraire est-il un métier du passé, rendu obsolète par la technologie ?

Et sur le plancher des vaches, d’un commerce à l’autre, leur est-il possible de rivaliser avec les grandes surfaces et leur pouvoir d’achat ? Peuvent-ils vendre à rabais ? Font-ils des promotions pour liquider leurs surplus ? Ajoutent-ils des cochonneries en plastique pour vendre des livres jeunesse ? Voyons ! Arrivez au 21ème siècle ! Un livre comme tel, ce n’est plus assez ! Ça prend un hamburger, des frites ou une figurine de princesse pour mousser les ventes !

Les libraires indépendants sont peut-être en 2017, les valeureux acteurs qui s’intéressent assez aux livres pour en faire la véritable promotion et les aimer.

Je n’écris pas ça pour décourager, mais je suis curieux. Y a-t-il encore des gens attachés aux livres ? Si le livre n’entre pas sur leur téléphone niaiseux, abdiquent-ils à l’ambition de devenir un lecteur intelligent ?

La culture actuelle n’effleure que la surface. Prendre le temps de lire 350 pages pour comprendre un phénomène ne peut compétitionner avec 350 secondes pour le lire en ligne

Notre bon gouvernement libéral a coupé dans la culture comme Ricardo dans un gâteau aux anges. Cherchez, je sais que je m’égare, mais oui cherchez des livres neufs dans nos écoles. Les enseignants guident les élèves au travers des rangées de livres de plus en plus dépouillées.

Souvenons-nous du ministre de l’Éducation Yves Bolduc qui disait que les enfants n’allaient pas mourir parce qu’il manquait des livres dans nos écoles.

Libraire est-il un autre métier qui disparaitra au profit du commerce en ligne ? On se commande nous-mêmes nos livres sur des sites américains. On ne veut plus se déplacer. On ne veut plus parler aux gens. On ne cherche plus à découvrir de nouveaux auteurs, mais bien à se confiner à nos acquis.

La SODEC a publié le rapport : Les librairies du Québec, Profil économique en octobre 1997. Il y a 20 ans ! S’est-il écrit un autre rapport pour décrire la situation des libraires au Québec ? Vérification faite auprès de la SODEC, aucun rapport n’a été publié sur l’état des libraires au Québec depuis 1997.

Selon le rapport de la SODEC : Au cours des trois dernières années, la moitié des libraires ont vu leur situation financière se détériorer. La marge bénéficiaire des librairies est passée de 1,6% en 1994 à 0,8% en 1996.

C’était il y a plus de 20 ans ! La situation s’est-elle améliorée ? Selon un rapport maison de l’ALQ en 2013, la marge bénéficiaire est toujours de 0,8%. J’ai l’impression qu’on traite l’industrie du livre comme l’industrie de la guenille : au plus fort la poche.

On laisse aller des métiers précieux comme celui du libraire. On ne valorise plus la culture globale. On en sait un peu sur tout, en surface, et c’est en masse !

Maintenant, le libraire doit vendre de la camelote, des bébelles, des jouets pour survivre. Ça en dit long sur le système d’éducation québécois. Quand on affirme qu’un Québécois sur deux ne peut lire plus que les grands titres d’un journal, on se demande bien comment on peut s’attarder à un livre entier, ou même comprendre un texte plus ou moins complexe….

Allons-y donc tout de suite qu’on fasse honneur à Ray Bradbury et qu’on se fasse un Fahrenheit 451… Les livres, pffffuit….


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